La rivière noire.
Plongée à Corveissiat-Septembre 2005

Sujet: Ain (01)
Date : 13 Octobre 2006
Bon je l’avoue, je suis du genre très bon publique. Le moindre trou de chiotte me comble de bonheur, me rouler dans la boue, me vautrer dans des siphons infâmes parvient à m’arracher des soupirs de contentement. Alors quand la grotte est vraiment belle, grande, spectaculaire, vous imaginez dans quel état je suis… ! Ma « comtesse » a de quoi être jalouse… !

© S Lissarargue


Et la grotte de Corveissiat, ce n’est pas de la gnognotte… ! Une sacrément belle rivière souterraine, pas toujours très propre sur elle, mais quand même sacrément jolie. Et puis aguicheuse, prometteuse. Plus vous lui en prenez, plus elle vous en donne, sacrément généreuse en plus de ça. Cette résurgence, cette rivière souterraine, tous ces siphons et toutes ces galeries n’en finissent pas de m’émerveiller, comme un gamin. Mais quelle joie de passer d’une étroiture d’à peine plus de trente centimètres à un grand lac et à une grande salle exondée. Quel plaisir d’avancer dans ces galeries grandes comme des tunnels de métro.

Ici, dans les profondeurs rongées par l’eau, coule la rivière noire. L’eau traverse la roche, elle circule dans ce calcaire sombre, obscur. Nos lampes nous permettent d’avancer, de nous orienter, elles suffisent à nos besoins, mais elles ne parviennent pas à repousser cette obscurité épaisse qui nous enveloppe. Nous remontons le cours de l’eau et le cours du temps. Nous avançons dans un lieu ou d’une certaine manière le temps ne compte pas. Ou bien s’il compte un peu quand même, le temps ici n’est pas le même qu’à la surface de la terre, que chez les humains ou les autres êtres vivants. Ici le temps s’arrête presque, pas tout à fait, mais presque. L’eau coule, mais ce n’est pas une clepsydre. Les jours et les nuits ne rythment rien, pas même nos incursions.

Nous sommes prisonniers du temps, mais la rivière noire, la rivière souterraine, retrouvera sa nuit, son calme, après notre passage. La lumière disparaîtra sous l’eau, la lueur s’éloignera, diminuera et elle disparaîtra, pendant des mois ou des années, jusqu’à la venue du prochain spéléonaute. En attendant seul le bruit de l’eau résonnera dans la galerie. Peut un morceau de roche se détachera du plafond, provoquant dans sa chute un fracas immense. La rivière noire continue à couler, immuablement, comme depuis la nuit des temps. Il disparaît forcément, car dans la nuit souterraine, plus rien ne rythme la vie, si ce n’est les crues peut être ou l’augmentation des ruissellements.

La dernière ballade dans les profondeurs de Corveissiat, nous a permis d'en prendre plein les mirettes et de se "gaver" de première et de plaisir ! Et la joie en est d'autant plus intense qu'elle est d'une part partagée mais qu'en plus elle n'est pas terminée, tant les possibilités d'exploration s'avèrent importantes. Car plus qu'une simple rivière souterraine, la résurgence et la grotte de Corveissiat est un réseau, avec ses ramifications, ses galeries annexes, ses salles, ses cloches, autant d'espace à investir et à découvrir.

Nous avions établi le "campement" dans l'ancienne école d'Arnans, abandonnée par les enfants et par l'instituteur depuis des années et transformée en gîte.

© S LISSARARGUE


L'équipe Bulles Maniacs a prolongé l'exploration de la grotte de Corveissiat dans l'Ain.

Hervé Cordier et moi-même avons découvert 400 m de galerie supplémentaire dans le S12 pour ressortir dans un nouveau lac souterrain de 50 m de long. Qui se termine par un nouveau siphon, non plongé, qui sera le S13. Le S12 devient le plus long siphon de la cavité, il développe une longueur de 550 m pour une profondeur de – 9 m. Le siphon se déroule toujours sur le même axe Nord/Nord Est. La galerie est un peu plus sinueuse et chaotique, mais elle conserve toujours ses dimensions spacieuses (4 x 3 en moyenne). De nombreuses cloches sont présentes tout le long du parcours. Nous n'avons pas exploré tous les puits qui partent dans le plafond, ce sera pour la prochaine fois. L'exploration a durée 7h30 et hormis un problème de flottabilité lié à la défaillance de ma poche dorsale, tout c'est bien passé. Mais avantage de plonger à deux, Hervé a pu me bricoler une réparation de fortune. La visibilité était très bonne et le débit très faible, jamais le niveau des eaux n'a été aussi bas depuis que nous plongeons ici.


D'autre part j'ai plongé un autre siphon à la sortie du S5. Il ne fait que 25 m de long et ressort ensuite dans une petite galerie de 100 m de long. Le siphon est un actif, faible et contrarié par la galerie "principale" qui en temps normal, colmate partiellement d'argile presque liquide ce siphon. Pour le franchir, il faut partiellement s'enterrer dedans afin de passer entre la roche et le fond.
La galerie post siphon s'appellera désormais l'immonde galerie fétide, tant l'odeur pestilentielle des sédiments est à la limite du supportable. Cette galerie étroite est sinueuse pourrait aussi se nommer le cimetière des niphargus, tant ils sont nombreux à ne pas supporter la pollution des eaux à cet endroit. Une belle cheminée de 15 m de haut environ, se situe au milieu de la galerie. La progression s'est arrêtée sur une étroiture formée par une coulée de calcite. Une désobstruction serait possible, mais l'odeur effroyable de décomposition, de fosse septique et d'égout n'invite pas à un séjour prolongé.


Un bon week-end qui se solde par 570 mètres de première cumulée.

Le terminus de la grotte se situe maintenant à 1060 mètres de l'entrée, dont 970 mètres noyés. Et l'exploration continue car le S13 n'attend plus que notre venue.

© S LISSARARGUE


L'équipe était composée par Michel Dessenne, Hervé Cordier, Sébastien Lissarargue et Pierre Eric Deseigne.

© BullesManiacs 2002