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Pas de bulle au fond des Cavottes.
Sujet : Doubs (25) Date : 06 Novembre 2007
Hervé Boutin m’en parlait depuis des années de ce lac des Cavottes. D’après le récit qu’il m’en avait fait, cela relevait du parcours du combattant, de l’impossible, du fantasme.
Nous y sommes allés, une première fois, à vide, juste pour voir. Bien évidemment, en ressortant, je me suis dis que jamais je n'irais plonger là bas, trop loin, trop dur. A peine rentré à la maison, tout compte fait, je me suis dit que dans le fond, ça pouvait se faire. Que ce méandre de 700 mètres était dur mais pas tant que ça, que la boîte aux lettres n’était pas si terrible, bref l’envie est venue assez vite.
Il ne restait plus qu’à organiser la « folie » ce qu'a fait Christophe Raguin qui est parvenu par je ne sais quel moyen à convaincre plus de vingt personnes, vingt spéléos à venir porter une dizaine de charges pour réaliser la plongée. Car l’espoir est grand de trouver un jour une galerie dans ce lac. Mais l’envie ne fait pas tout. Le lac est grand, très grand et ce n’est pas une mince affaire que d’explorer dans une visibilité quasi nulle les parois de la cavité noyées. C’est l’éternelle histoire de l’aiguille dans la meule de foin.
Néanmoins, ce samedi matin nous voici réuni autour d’un café, près à partir au fond. Il a plu sans discontinuer depuis longtemps et bien que le niveau d’eau risque d’être plus haut, bien que la visibilité sera nulle, nous sommes là et il est hors de question de ne pas tenter le coup.
Nous rentrons sous terre vers 9H30. J’ai réparti le matériel de plongée dans huit kits et la première partie de la grotte se passe sans soucis. Pour cette plongée, l’utilisation d’un recycleur fait maison, « petit » et léger permet de réduire considérablement la taille des bouteilles et donc la souffrance des porteurs.
Très vite nous entrons dans le méandre, le gros morceau, le passage obligé pour accéder au lac. L’air est chargé, la respiration devient difficile et cela n’ira pas en s’améliorant au fil des heures, surtout qu’il va y avoir du monde aujourd’hui dans la cavité.
Nous parvenons sans encombre à franchir le « terrible » méandre des Cavottes et nous sommes même dans les temps prévus. L’équipe aller, repart et je commence à m’équiper. Peu de place, de l’argile partout, pas l’idéal pour enfiler la combinaison étanche, ni pour finir de monter le recycleur. Heureusement, j’avais pris un soin tout particulier au conditionnement du matériel afin que celui-ci ne subisse aucun dommage lors du portage. C’est toujours énervant d’annuler une plongée, après tant d’efforts, juste pour une panne matérielle.
La faille qui descend au lac est équipée et je me laisse aller en bas.
Je touche l’eau et ensuite je réceptionne le matériel descendu au bout de la corde. Comme prévu l’eau est trouble et le niveau du lac me semble plus haut que la dernière fois. Je finis de m’équiper et je me dirige vers le milieu du lac. Je trouve avec difficulté un amarrage hors de l’eau et je m’enfonce sous la surface. Je longe la roche, l’argile s’envole, la visibilité se dégrade, je tatone, Je touche le fond, je m’enfonce dans l’argile, je suis la pente, j’espère, je crois par moment au miracle, mais rien.
Je remonte une première fois à la surface et je repars dans une autre direction, sur la gauche cette fois ci. Même scénario et rien, encore rien.
Je refait surface, je me décroche le fil, je par vers l’extrémité opposé du lac, vers le fond. J’accroche à nouveau le fil, je repars, je me sers de mes mains comme des yeux, mais elles ne sentent rien, elles ne voient pas grand chose. Rien, toujours rien. Je touche le fond, moins profond à cet endroit.
Je ressors, je vais aller chercher ailleurs. J’entends l’équipe du retour, ils sont déjà arrivés. J’ai pris du retard sur l’équipement, tant pis je vais les faire attendre un peu. J’accroche le fil sur une arrête, à peu près au même niveau que la corde, je descend, je ne vois rien, je caresse la roche, je touche le fond. Moins 25 mètres, alors que le sondage effectué à cet endroit la dernière fois donnait 20 mètres. Le niveau de l’eau serait monté de 5 mètres. Ca ne m’étonne pas avec toute cette pluie.
Je ressors, cette fois je vais à l’extrémité inverse de la salle. Je recommence, j’accroche le fil, je redescend, la visibilité est encore plus mauvaise, je parviens à peine à lire les afficheurs du recycleur. Je farfouille encore un peu. Rien, rien de rien. Bon cette fois je rentre, pas la peine de faire poirotter les gars dans le froid trop longtemps.
Amère déception, tant d’efforts pour rien, j’ai un peu honte, mais bon d’un autre côté les conditions sont vraiment défavorables. Nous aurons au moins essayé.
Je me déséquipe et le matériel remonte l’un après l’autre. A mon tour… ! C’est toujours aussi sympa de remonter au jumar en étanche, un vrai bonheur… ! En plus ça colle, tellement il y a d’argile sur les parois. Je retrouve l’équipe avec plaisir. A peine arrivé, on démonte tout, on remballe, on rentre le matériel avec beaucoup moins de précaution dans les kits et à peine prêts, ils repartent vers la sortie. Je quitte la tenue de plongeur pour enfiler celle de spéléo. C'est froid et humide, mais je ne suis pas inquiet, le retour dans le méandre va me réchauffer.
Bon, malgré les piètres résultats, je suis à la fois déçu de ne pas avoir trouvé la suite mais bien content d'avoir fait cette plongée et cette tentative. Le retour se fera sans encombre, un peu moins vite qu'à l'aller, mais sans probléme.
Nous ressortons à la nuit tombante. Quel plaisir de retrouver l'odeur de l'herbe, l'air frais et le plancher des vaches. J'entasse les kits dans la voiture et en route pour le gîte et le super repas...! Que du bonheur ! Une bonne douche, un bon repas chaud et les habituelles discussions d'après la ballade sous terre. Le nettoyage sera pour demain, maintenant c'est l'heure du dodo.
Je tiens à remercier toute l'équipe qui a participé à cette tentative et sans laquelle rien n'aurait été possible, j'espère n'oublier personne :
Jean Guy MAILLET, Alexandre FOULQUE, Thomas SERGENTET, Emmanuel GROSJEAN, Sylvain BORIE, Jacky BONENSEA, HervéBOUTIN, Damien DECREUSE, Pierre JOBARD, Jacques MONTAZ, Olivier PILLOT, Christophe RAGUIN, Benoit VELTEN, Jean Pierre VILLEGAS, et tous les autres que j'aurais oublié et dont je ne connais pas le nom...!
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