Le retour des Charlots, en spéléo..!

Sujet: Ardèche (07)
Date : 26 Novembre 2007
Les projets se suivent mais ils ne se ressemblent pas. Sur un coup de tête j'avais décidé d'aller revisiter le terminus de Fon Vive, rien que ça. Préparation rondement menée, les copains alertés, tout le monde était d'accord pour se lancer dans la folle aventure. Il n'avait pas plu depuis des lustres en Ardèche, les niveaux n'avaient jamais été aussi bas. Il n'y avait plus ka...! Tout le matériel avait été soigneusement bichonné, les tubes étanches fabriqués pour transporter de quoi réaliser un bivouac en post siphon. Tout planifié, réfléchi, organisé. Sur le papier tout était écrit d'avance, comme toutes les belles histoires.

Je prends la route vers l'Ardèche, je récupère Hervé au passage et nous arrivons chez Michel en fin de soirée. Première imprévu, la pluie, elle s'est invitée entre temps et sans gène, les nuages déversent des trombes d'eau sur la région. Ça commence bien. Nous avons prévu de plonger demain pour vérifier l'équipement et pour déposer du matériel dans la cavité. Mais deuxième imprévu, les équipements ne sont pas tous prêts, il reste encore pas mal de choses à mettre au point. Hervé pousse pour plonger quand même, mais devant la perspective de ressortir à la nuit pour repartir au petit matin, nous décidons de consacrer cette journée à la préparation « parfaite » du matériel et de tout faire d'un coup le lendemain. Optimiste les gars...! Serge nous rejoins le soir et nous gonflons les dernières bouteilles. L'idée consiste à passer le S1, à abandonner le scaphandre à sa sortie et de poursuivre l'exploration avec un bi 4 litres et avec un kit d'équipement (corde, boissons, nourriture, affaires pour le bivouac). Nous prévoyons une sortie de 20 heures au minimum avec dodo sous terre.



Le lendemain debout à 6 h, ceci pour vous dire à quel point nous sommes motivés. Car pour réussir à faire sortir Michel du lit à 6h, il faut une sacrée dose de motivation. Nous arrivons à Fon Vive vers 9 h et nous sommes à l'eau vers 10h30. Donc chacun part avec un bi à l'anglaise, un bi 4, un kit de matériel. J'effectue plusieurs allers et retours pour descendre un maximum de charges à la sortie du « laminoir » qui est bien rempli par les graviers. A part à un endroit où il faut vraiment se faire tout petit, ça passe relativement bien. Nous partons en premier avec Michel. Pour ma part, je suis un peu chargé, 3 kit plus un relais 6 litres. La visibilité est très mauvaise. Nous ne pourrons pas profiter du magnifique spectacle de la galerie. Tant pis, ça sera pour une autre fois. De toute façon, tout excité par l'idée de réaliser cette belle explo, je me fiche presque de la visibilité. J'avance aussi vite que possible malgré l'encombrement et le chargement. Je me retourne régulièrement pour voir si Michel est bien derrière. Une explosion résonne dans le siphon, ça c'est un tube étanche qui vient de rendre l'âme. Les miens tiendront le choc, je les ai compartimentés en 3 avec du contre plaqué. Tout baigne, nous sortons le S1 en moins de 30 minutes. Nous laissons les bis, la combinaison étanche et tout le matériel superflus. Nous sommes partis équipés en néoprène sous la combinaison en toile et nous n'avons plus qu'à enfiler le baudar et les chaussures pour partir en ballade. Serge arrive peu de temps après nous.



Ensuite, nous attendons, nous attendons, nous attendons encore l'arrivée d'Hervé. Connaissant sa rapidité de préparation légendaire, nous ne sommes pas étonnés mais quand même là ça fait un peu longuet. Après presque une heure, nous imaginons toutes les possibilités, des plus optimistes au plus pessimistes. Nous décidons de repartir, pas question d'avancer plus sans savoir ce qu'il en est. Tant pis, c'est tous ensemble ou rien. Serge se met à l'eau, il s'équipe et au moment de partir, une lueur apparaît dans le siphon..! Hervé arrive avec plus d'une heure de retard. Le passage du laminoir aura pris plus de temps que prévu. Décidément, ce n'est pas la grand histoire d'amour entre lui et les étroitures. Il plongeait avec son recycleur (Joky) ajouté au bazar, il a eu du mal à se dépatouiller de toutes ses charges encombrantes. Il a donc abandonné un kit dans le siphon, celui avec ses bottes. Donc il compte partir son étanche en toile jusqu'au départ du S2 où il s'arrêtera là. Ça commence bien où ça continue bien. De plus Serge et Michel ont un peut vu juste au niveau des gaz pour le franchissement du S1 et ils comptent maintenant sur leur bi 4 litres pour ressortir tranquille. Donc autant dire que la pointe est compromise, je me vois mal partir seul au fin fond de Fon Vive.



Nous décidons d'aller voir plus loin, de réequiper ce qui doit l'être, de changer les cordes usées, de prendre la température de la cavité et surtout de nos capacités à conduire ce genre d'explo. Aurions nous été trop ambitieux ? Nous partons donc décontractés et léger dans la cavité. Je commence par ajouter un amarage. Ca fait longtemps que je n'ai pas planté de spit. Exercice dans lequel je ne suis pas très brillant d'ailleurs. Je fais un beau petit trou et au moment de fixer celui ci avec le cône, je fais éclater la roche. Je me suis mis trop prés de l'arrête rocheuse. Ca commence bien...!. Comme prévu, nous changeons une corde ou deux, nous renouvelons des amarrages par des as/dynéma touts neufs. La galerie est magnifique, pas mal de concrétions et de très jolis volumes. Nous arrivons à la fameuse, la légendaire étroiture verticale. Serge se lance en premier et malgré sa taille de jeune homme, il met un certain temps à passer. Mais il passe. Hervé en étanche ne tente pas le coup, il a sans doute raison vu son histoire d'amour mouvementée avec les rétrécissements. Michel rentre dedans mais le mauvais souvenir d'un très mauvais moment passé dans le méandre des Cavottes refait surface et il préfère rentrer avec Hervé. On ne peut pas le blâmer, il y a des blocages plus forts que toutes les étroitures. N'ayant pas envie de crever de chaud, j'enlève la néoprène, je conserve la souris, mon slip (quand même), mes genouillères et je rentre la dedans. Pas fier du tout et m'attendant au pire. Michel accroche le kit en bas de la corde. Je mets le baudar sur la poignée, je pose le casque sur la roche et je monte. Et bien, assez facilement dans le fond, c'est l'avantage d'être gaulé comme une ablette. Je retrouve Serge qui n'en finit pas de fantasmer devant une stalagmite des plus belle proportion. Nous repartons jusqu'à la grande faille à la main courante qui conduit ensuite rapidement au S2. Je monte en premier et je reste suspendu plus d'une demi heure à reprendre des amarrages, à repositionner la corde et à sécuriser, un peu, l'ensemble. Le mousqueton qui assure le premier amarrage de la corde est bleu de corrosion. Ça fait froid dans le dos. Je changerait bien la corde, mais celle qui me reste est trop courte, dommage...! Bon j'ajoute un as/dynéma au seul amarrage naturel. Je fait une dérivation pour placer la corde au milieu du vide. Je double l'amarrage de départ de la main courante. Tout ça me prend bien une petite heure. Il va falloir que je me fasse livrer un bloc de calcaire dans le jardin pour que je m'entraine au plantage de spit. Je suis doué, ça fait peur. A ce rythme là, il va me falloir un an pour réequiper la cavité. Et puis nous décidons de rentrer. Ça suffira pour aujourd'hui.



Je récupère un vieux kit en piteux état, abandonné par les précédents explorateurs, il va me servir à nettoyer la cavité des vestiges des précédentes expédition (couverture de survie, bougie, bouteilles d'eau, polystyrène, cordes usagées, vêtement). Nous nous retrouvons tous à la sortie du S1 où chacun vaque à ses occupations afin de préparer le retour. Hervé part en premier, suivi de Serge puis de Michel. Je ferme la marche. Il ne reste plus rien ici, ci n'est une galerie superbe et mes regrets de ne pas avoir été au bout. Je m'immerge et je repars dans le S1, la visibilité est presque nulle. Au passage je ramasse une vieille couverture de survie perdue dans le siphon. Il reste encore des vestiges que je ne parviens pas à retrouver tant la visibilité est mauvaise. Ça sera pour la prochaine fois. Je reprends mon relais, je regarde mes manos, tout va bien de ce coté là. J'arrive à la fin de la galerie ou deux kits ont été laissé là. Bon je suis bon pour un aller retour de plus pour tout ressortir. Pas grave. J'en effectue quatre au total entre le début du laminoir et la voute d'entrée de la galerie. Je ressors avec une grappe de kits, de blocs et avec l'aiguille de mes manomètres qui entre dans le rouge. Hervé m'attends à la sortie de la vasque depuis un moment. Le spectacle est grandiose, non pas de voir Hervé dans la nuit. Quand même pas. C'est la pleine lune, il n'y a pas de nuage dans le ciel et elle brille juste au dessus de la vasque. Magnifique.

Nous ramenons tout à la voiture et après nous être changé nous cassons la croute. Bon, pour la pointe c'est raté mais pour le reste nous saurons maintenant comment mieux nous organiser pour la prochaine fois. Nous avons fait un joli petit voyage sous terre et surtout nous avons passé comme à chaque fois un super moment ensemble. La prochaine fois, ça ira comme sur des roulettes...! Sur le papier...!

L'équipe était composée par :
Serge Cesarano, Hervé Cordier, Michel Dessenne, pe deseigne.

Et puis un grand merci à :
- Belu pour les inforamations générales sur la cavité, pour les infos météo et pour le prêt d'un bi 4.
- Xavier Meniscus et François Tourtelier pour leurs disponibilités et pour les informations sur la cavité.
- A Yves Roy pour le prêt de bouteilles et pour la corvée de gonflage.
- A Sébastien Lissarague pour le prêt de son appareil photo.

pedeseigne.bullesmaniacs©novembre 2007





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