Grotte de sous Balme

Sujet: Ain (01)
Date : 06 Décembre 2002
Cette grotte située dans les superbes gorges de la Valsorine attise notre intérêt depuis un certain temps. Mais le portage plutôt conséquent et surtout son hypersensibilité aux précipitations ont perturbé lég7rement nos diverses tentatives.
Néanmoins, loin de nous décourager, ces difficultés bien au contraire apportent non seulement un trou « préservé », mais aussi un défit à relever.

Après avoir dégotté cette grotte oubliée dans les tréfonds de la mémoire d’un vénérable ancêtre argileux, nous entreprenons une première tentative, légère. Deux plongées, nous permettent d’apprécier l’opulence du portage, l’état de délabrement avancé du câble dans le siphon, la beauté du site, les dimensions plutôt intimes de la galerie noyée et enfin la précarité de la visibilité.
Nous revenons quelques mois plus tard pour admirer l’eau boueuse se déverser du haut des trente mètres de falaises. Pluies et crue immédiate nous relèguent au rang de touristes détrempés. Mais la cascade bruyante en jette plein les yeux et le spectacle de toute cette eau tombant de si haut nous coupe le souffle. Nous voici quitte pour un voyage et pour un week-end noyé. Après être resté figé à contempler la cause de notre déconvenue, nous redescendons dans le fond des gorges. Nous nous en retournons la queue entre les jambes (forcément) et le dos courbé sous le poids de nos charges futiles et inutiles mais aussi de nos désillusions. Nous nous vengeons sur une désobstruction sans suite au pieds d’une falaise d’où l’eau apparaît par enchantement. Il fallait bien s’occuper. Je passerais (partiellement) sous silence, les divagations mécaniques soi-disant tous terrains de l’un d’entre nous. Son 4 x 4 si mal chaussé nous a permis de vérifier la gentillesse de nos hôtes. Une fois enfoncé dans la boue jusqu’aux essieux, un tracteur agile et vaillant l’a sauvé de l’abandon et de la rouille. Et tout ça pour aller voir une source hypothétique.

La troisième et dernière visite a été plus « fructueuse ». Elle nous a surtout rabaissé notre caquet de jeunes cons prétentieux et ambitieux. Nous aurions tant aimé utiliser nos gaz, nos mélanges ternaires et suroxygénés. Nous aurions aimé dépasser l’ancien terminus dans la zone des 55 mètres. Mais comme disaient nos « vieux », n’aurions-nous pas confondue vitesse et précipitation ? Pourtant tout avait si bien commencé… !

Comme d’habitude, après avoir chargé la voiture jusqu’à la gueule, nous quittons la région parisienne en début d’après-midi. Nous délaissons les nuages gris et nauséabond pour rallier au plus vite les verts pâturages du Jura. Les prévisions météo semblent favorables, ce ne sera pas la canicule mais pas de déluge annoncé, juste quelques averses…
Les onze bouteilles ont été préparées avec amour. Les détendeurs ont été vidés des pâtés d’argile culfresque. Les phares sont chargés, le moral gonflé à bloc. « We are ready… ! »
Nous nous retrouvons à la nuit tombée dans le gîte autour d’un bon feu. Une bonne nuit de repos et nous voilà debout pour conquérir non pas le monde mais les profondeurs inconnues du Jura. Au réveil, nous découvrons avec horreur qu’il a plu cette nuit. De grosses flaques s’étalent devant la maison. La crainte de voir nos projets engloutis se réveille.
Par chance, un nouvel accès a été découvert en partie haute des gorges. Un peu plus sportif par endroits, il réduit le temps de portage par deux (voir par trois). Et nous voilà parti par la ronde infernale des aller et retours. Une quinzaine de charges réparties sur nos quatre dos courbés nous occupent pendant 2 heures environ. Nous équipons deux passages pentus et scabreux avec des cordes. Une descente sur les fesses avec une bi-bouteille sur le dos ne tente personne. Nous parvenons enfin à l’entrée de la grotte. Sa gueule béante toute verte s’ouvre en grand, prête à nous avaler. L’eau coule mais pas d’en haut. Ouf ! Pas de crue ou de débordement intempestif. Mais en revanche, en bas de la falaise, un écoulement sonore et virulent nous intrigue. Nous descendons dans la galerie et à notre grande satisfaction, nous découvrons l’eau 15 bons mètres au-dessus du niveau bas (de référence) ! Argh ! Oh rage, oh désespoir, oh pluie ennemie ! Nous restons le cul posé sur les cailloux, la mâchoire pendante, avec la mine défaite des abrutis surpris par une déconvenue notoire. Nous tentons de réagir et de relancer une tentative de réflexion quant à la marche à suivre.
Tout laisser tomber et aller brûler les gaz au Bourget ? Forcer vaille que vaille le destin et attaquer couteau entre les dents ce siphon ? Aller se murger la gueule au bistrot pour oublier définitivement l’ampleur de notre déculottée ?
Fruit de la sagesse ou de l’abrutissement prononcé, nous décidons de nous accrocher, en douceur. « Putain, petit, on va lui pourrir la gueule… ! » Nous décidons d’acheminer tout le matériel à l’entrée de la grotte. Au lieu des 2 plongées « profondes » prévues initialement, une seule sera réalisée le lendemain. En une heure, le niveau de l’eau a baissé de 50 cm environ. Demain, à peu de chose prêt, le niveau de l’eau sera redevenu presque normal. Nous effectuons 3 plongées.
Une pour équiper le siphon avec un nouveau fil, une autre pour prolonger l’équipement et surtout pour enlever les lambeaux de câbles pourris, cassé à un endroit. À un autre, seul le plastique assure le lien précaire et en plusieurs points de frottements, le câble s’effiloche prêt à nous péter à la gueule ! Génial !
Et une troisième pour que l’un d’entre nous se fasse plaisir, qu'il apprenne et surtout ne soit pas qu’un âne porteur de charges. De plus nous venons de découvrir une nouvelle espèce, l’âne palmé… !
Nous laissons l’ensemble de nos charges (blocs, sacs, etc…) en haut de la grotte. Car comme ça, s’il pleut fort, nous pourrons les récupérer, même en cas de trop plein.
De retour plus tôt que prévu au village, (merci pour le raccourcis), nous nous tapons l’apéro sur la terrasse du troquet municipal. Unanime sur deux points, nous concluons : « crevé mais heureux », nous savourons notre 1/2 pression.

Le lendemain, réveil très tôt. Nous attaquons le premier voyage vers 9h30. C’est beau la motivation. Comme prévue la veille, l’eau se situe en bas de la grotte à peine 1,5 m au-dessus du niveau dit « normal ». Alors, nous descendons, plein d’optimisme, les kits et les blocs au fond. Trente mètres de dénivelé sur cinquante à soixante mètre de développement, c’est pas le Berger.
Et le premier plongeur s’équipe. Les blocs relais, ceux de déco sont préparés. Le sol de la grotte, en bas, s’est transformé en bourbier. L’eau ruisselle encore, la baignoire finit de se vider. Enfin, vaille que vaille, c’est parti.
Je tiens amoureusement le fil, car la visibilité est comme on dirait assez faible. Voir excessivement pourrie ! Nulle, on peut le dire ! Les ruissellements, nos piétinements, les plongées d’hier conduisent à ce résultat désolant. J’atteins les moins 9 mètres et je ne trouve pas un endroit décent pour poser le bloc déco et celui de sécu. Du moins je pourrais les poser, mais vu la déclivité du sol, je les retrouverai 10 mètres plus bas, à coup sûr.
De plus, l’endroit est assez étroit. Et le fil, ce con (y a pas idée), ne passe pas dans la meilleure partie de la galerie. Tout faux. Je commence à piquer un coup de chaud et je me servirai bien du relais pour évacuer ma rogne et fracasser la roche qui ne m’a pourtant rien fait. Énervé au plus haut point, mais encore conscient de l’accumulation de facteurs défavorables, je rebrousse chemin. J’annonce craintif le résultat de mes gesticulations. Je garde mon casque des fois que les copains ne me balancent pas le reste des bouteilles sur la tronche. Mettez vous à leur place, descendre des 18 et des 20 litres, tout ça pour s’entendre dire par un abrutit, après juste 5 minutes de plongée, que tout compte fait ça ne sert à rien et qu’ils peuvent tout remonter ! Y a de quoi perdre son calme !
Mais bon, d’une part, ils doivent m’aimer un peu car ils ne l’ont pas fait. De plus, il manquait vraiment trop de chose pour passer « finger in the noose » !Alors sans état d’âme, nous nous sommes déballonnés. Mais nous sommes entrés à quatre et nous ressortons à quatre.
Bon néanmoins, le quatrième bourricot a quand même plongé, juste histoire de se faire plaisir, ça compte quand même le plaisir….
Après une remontée express de tout le matériel, nous cassons quand même la croûte à la sortie de la grotte. Je saoule les copains pour réaliser quelques photos. Malgré les ronchonnements habituels, ils acceptent. Comme ça en plus, ils pourront frimer devant les copines.
Nous effectuons quatre aller et retour sous la pluie, c’est mieux ! Tu as moins chaud. Nous trions toutes les affaires devant le gîte. Tout est mélangé, c’est bizarre. Toujours sous la pluie, comme ça en plus, le matériel sera en partie rincé. Après une bonne douche (y a intérêt si on veut rentrer à la maison), nous repartons sans histoire vers nos foyers respectifs.
La morale de l’histoire :
Qu’est ce qu’il pleut dans le Jura ! Et puis tais toi et portes !

Au-delà de l’échec de nos objectifs initiaux, nous ressortons pleins de joie de ce week-end. C’est déjà ça ! Ensuite, nous avons beaucoup appris et je l’espère, la prochaine fois, on s’organisera un peu mieux. Réfléchir avant d’agir. (C’est pas facile pour des bourrins comme nous…) Nous répartirons les tâches sur le temps, sur plusieurs jours (pour absorber les éventuelles déviances météo…). Nous nous sommes peut-être pris pour le club des biomen. Vous savez, ceux qui arrivent à spitter, filmer, photographier, topoter, tirer du fil et bander en même temps ! Avec un bi
3 litres bien évidemment. Et pour conclure, nous ne sommes que des jouvenceaux spéléo mal dégrossis.
Mais punaise, la prochaine fois, on se la fait quand même !




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