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" En passant par la Lorraine avec des mirabelles, j'ai rencontré Lebel avec des bouteilles… "
Sujet : Parutions Date : 17 Décembre 2002
Jean Marc, je ne le connaissais pas, du moins pas bien. Nous nous étions rencontré lors du festival de plongée souterraine de Paris en 2000. Et puis nous communiquions parfois par courrier, par téléphone ou par E mail. Néanmoins, quelques points communs nous rapprochaient et ils créaient des affinités.
Nous étions tous les deux nancéiens, moi d'origine et "exilé " depuis de nombreuses années.
Nous étions tous les deux aussi fêlés l'un que l'autre de plongée souterraine et de spéléo.
Jamais avare d'aide, il nous a toujours diffusé ses conseils, notamment sur l'exploration de Cul Froid.
Alors bien sûr, quand je pense à lui, je pense à quatre choses :
-Son esprit génial et inventif pour la confection d'équipements astucieux, bricolés et bons marchés.
-Son obsession à explorer des trous de chiottes et à s'y complaire. Et son habileté à sortir de l'oubli des "trous " oubliés ou abandonnés.
-Son état d'esprit un peu frondeur, son humour décapant. Quoi, Jean-Marc, il était un peu rock'n roll !
-Ses comptes rendus passionnants, ses topos et toujours son humour…
Donc, je dois l'avouer, sans honte, Jean Marc m'a largement influencé et il a largement contribué à attiser la flamme qui veillait en moi.
Lors du dernier festival, il est monté sur scène avec les photographies de leurs explo au Deujeau, "l'exploration agricole ", comme il l'appelait. Ensuite, il a conclu sur une sorte de clipdiaporama bricolé, avec la bande son des "tontons flingueurs ". Bourré d'humour et de finesse, la salle se bidonnait devant ce spectacle " bon marché " mais authentique et génial…
Et le bon marché, il connaissait… !
Il a sorti de son sac à malices, encore maculés d'argile, quelques-uns unes de ses inventions.
Tout d'abord, il nous a présenté les chaussures spéléo breveté JMB. Il découpait une paire de bottes. Quelques trous, des oeuillets inox, du fil d'arianne en guise de lacet. Et voilà, le tour est joué ! Une paire de chaussures spéléo pour le post siphon pour 90 F environ…
Enfin, clou du spectacle, il a sorti sous le regard médusé des spectateurs assommés par tant d'ingéniosité, la Wings routière. Une chambre à air associé à un inflateur de stab, deux élastiques et vous êtes affublé d'une bouée dorsale à position variable. Génial et pas cher… !
Nous avons terminé la soirée au restaurant, autour d'un verre de vin rouge. Nous partagions nos impressions et nos expériences. Moi je n'avais pas grand chose à dire, forcément …!
Lui, il nous racontait ses pérégrinations hexagonales, ses déboires avec certains spéléo "indigènes ".
Il nous parlait des menaces reçues s'il venait à traîner dans certains coins…Des endroits bien garnis en grottes. Et où les sources sont marquées du signe rouge de la chasse gardée.
Je ne le croyais pas, en me disant qu'il exagérait un peu quand même. Mais en "grandissant ", j'ai pu constater en effet qu'il ne faisait pas bon traîner dans ces endroits au demeurant charmants. Et que les terminus infranchissables, n'attendaient que le bon vouloir d'un plongeur juste un peu motivé.
Et que lui, après avoir passé des soirées dans ses archives poussiéreuses, il finissait par trouver le filon.
Il arrachait de l'oubli une résurgence, il arrivait avec ses grosses bottes agricoles et à grands coups de premières, il violait ses propriétés aux barricades branlantes. Et du coup, il piquait juste là où cela faisait mal.
En plus de tout cela, il luttait à sa manière contre une forme d'obscurantisme et d'inquisition. Il portait à la connaissance de tous, ce qu'une minorité souhaite toujours enfouir sous les strates épaisses du silence et de l'oubli. Il est bien connu qu'une forme de pouvoir réside dans la conservation du savoir au sein d'une minorité, afin de laisser le plus grand nombre dans l'ignorance et ainsi de mieux les dominer.
Maintenant, il me reste à lire et à relire ses écrits.
Et que quelques-uns uns d'entre nous continuent à plonger dans "ses trous de chiottes " afin de poursuivre si possible l'immense travail de Jean Marc. Et de se vautrer dans la boue jusqu'aux oreilles, de ressortir en post siphon et de pourrir tous ces fichus terminus imaginaires.
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