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LES MONGOLS, UNE HISTOIRE DE FOUS ?
Sujet : Ain (01) Date : 26 Décembre 2002
Pour changer de nos résurgences et autres plongées de plage, nous nous sommes acoquinés avec des spéléos, des vrais, à fin de faire de la plongée fond de trou.
De rencontres en rencontres, nous avons eu envie de participer, à notre mesure à ce projet. Nous avons filé un petit coup de main à l’équipe qui depuis des années s’acharne non seulement à désobstruer cette cavité et ensuite à plonger les siphons qui finalement en interdisent le passage.
A plus de mille mètres de l’entrée et à environ moins cent dix mètres sous la roche, un premier miroir arrête la progression.
Après plusieurs tentatives plus ou moins fructueuses, le siphon a été franchi, puis un second et un troisième. Vincent Lignier s’arrête dans le S4 sur une visibilité nulle.
Stupéfait par le récit des dix années d’acharnement et de désobstruction pour ouvrir cette grotte, par cette belle aventure humaine nous voilà emballé par ce projet de plongée au fond des Mongols.
Après avoir être descendu une première fois en bas et après avoir rencontré Vincent, le rendez-vous est pris pour la fin de l’été de cette année. Nous plongerons à deux les trois siphons et il partira explorer le quatrième dans lequel il n’a pas trouvé la suite lors de sa dernière tentative. Je porterais le matériel entre les siphons pour économiser les forces du pointeur.
Quinze spéléos se retrouvent au bord du trou, ils se répartissent les charges et c’est parti pour une ballade de quinze heures sous terre, pour les moins rapides, dont je suis… Y a encore des progrès à faire. Il est treize heure, descente dans la grotte.
Nous parvenons sans encombre au point bas et après une courte pause, nous équipons nos blocs, des six litres. Tout le monde se retrouve autour du plan d’eau et à la chaude lumière des acétos, je suis Vincent dans l’eau turbide et très froide des Mongols. Fond de trou oblige, je plonge en combinaison humide de cinq minimètres avec souris, quand même… Je pense à mon étanche, elle est restée bien au sec à la maison…
Nous sortons très vite le S1, après un court portage, nous passons le S2. Vincent laisse son relais quatre litre, je porte son scaphandre jusqu'au départ du S3. Je pars en premier et enfin je profite d’une eau claire. La roche est recouverte d’une épaisse couche d’argile. Nous plongeons dans une perte, ça se voit…
Enfin, nous voici sorti et j’accompagne Vincent au départ du S4. Je l’aide à s’équiper et je me prépare à l’attendre. Pour moi la plongée s’interrompt ici. Je reste en sécurité, avec assez d’air pour intervenir dans le S4 en cas de problème. Nous répétons une dernière fois les temps de plongée et je le regarde partir. Je l’envie, car bien évidemment j’aimerais aller chercher l’inconnu à sa place. Et en plus cela me tiendrait chaud car pendant deux heures à attendre je vais frôler l’hypothermie. La couverture de survie ne remplacera pas le feu de bois et les saucisses grillées.
Je regrette de ne pas avoir d’acéto, c’est bien les leds, mais elles ne chauffent pas beaucoup. Le temps passe, je me trouve seul entre Vincent parti là-bas et les copains spéléos, bien au chaud dans la tente en train de s’empiffrer de soupe chaude et autres gâteries… Je somnole, je dors un peu, le temps passe, pas assez vite. Je ne vais pas me plaindre, je suis venu tout seul ici, personne ne m’a forcé. Mais bon, y caille… Et puis qu’est ce qui fait le père Vincent. Le temps imparti est dépassé, j’attends encore un peu, mais bon…
Et soudain, dans le noir total, dans le silence de l’eau qui s’écoule goutte par goutte, le grondement lointain des bulles raisonne dans la grotte. C’est bon, le voici de retour. L’eau s’illumine, les bulles se rapprochent, le fil s’agite, enfin il émerge du siphon.
Le S4 est passé, il a découvert une galerie sèche derrière, une autre dite supérieure et un nouveau siphon, un S5. L’aventure continue, il faudra revenir. La joie de ce succès dissipe un peu les affres du froid, je félicite Vincent et nous replions les gaules rapidement, car les autres nous attendent et si nous tardons trop, ils vont commencer à s’inquiéter…
Nous plongeons les siphons, les uns après les autres, le portage me réchauffe un peu. A chaque nouvelle immersion, j’ai l’impression de me jeter dans la Manche par une nuit de février. Mais la perspective de la tente chauffée et de la tambouille me motive sans aucune mesure.
Nous ressortons et après avoir annoncé la bonne nouvelle à tous, je me délecte enfin d’une soupe bien chaude et des autres délices culinaires. Nous rangeons nos équipements et retapés nous entamons la remontée.
Elle sera longue et fastidieuse, les kits pésent plus lourds qu’à la remontée et ils sont même plus nombreux. Incroyable, ils se sont multipliés pendant notre absence. Peu importe, vaille que vaille, nous avançons et notre petit groupe de retardataires finit enfin par sortir au grand air.
La nuit recouvre les montagnes de l’Ain, il est quatre heure du matin, la forêt nous entoure. Je me change et enfin bien au chaud dans mes polaires, nous rentrons au gîte où Riton nous a préparé un pot au feu du tonnerre.
Vidé mais heureux, je m’enfonce avec un plaisir monstrueux dans mon duvet doux, chaud et moelleux. Comme quoi, il faut souffrir un bon coup pour bien apprécier les choses si simples et si bonnes de la vie.
Et déjà je rêve d’y retourner, pas demain, non, mais plus tard. Même si je le sais cette prochaine fois, je ne plongerais pas, chacun son tour. Car voyez vous, ça se bouscule au portillon pour plonger dans des conditions pareilles…
Mais l’idée de porter un kit, lourd comme un âne mort, de participer à la réussite d’une prochaine tentative, de retrouver les copains et d’en chier des boulons, me réjouit au plus haut point….
Pierre Eric Deseigne.
Décembre 2002.
Un merci immense à toutes celles et à tous ceux qui ont participé à cette exploration qui sans eux n’aurait pu avoir lieu.
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