|

Une pointe en hiver Exploration 2004
Sujet : Ain (01) Date : 26 Février 2004
L'équipe Bulles Maniacs a prolongé l'exploration de la Grotte de Sous Balme à Chézery Forens dans l'Ain.
(Cette grotte est connue sous plusieurs appellations, mais il s'agit à chaque fois du même lieu, grotte de Sous Balme ou grotte de Bramaboeuf, ou résurgence de Chézery...)
L'ancien terminus, de - 67 m, atteint par Olivier Rodel, a été porté à - 81 m.
(Ce qui est beaucoup pour nous, mais peu pour d'autres... En effet, c'est la profondeur des premiers paliers effectués par certains spéléos lors des plongées dans la zone des 150/180 mètres.... Mais bon, qui va lentement va sûrement...!)
Nous sommes parvenu a nous glisser à travers une fenêtre météo favorable. Néanmoins, nous avons dû avancer la pointe d'une journée et annuler 2 plongées car le niveau du siphon est monté de 4 mètres en une nuit. Ce qui n'est ni bon pour la visibilité, ni pour les paliers...
La pluie et le redoux continuant à sévir sur la région, nous avons préféré ne pas nous exposer aux brusques mises en charge de la grotte.
Voici, "brièvement" le déroulement de l'exploration :
"Le vendredi a été consacré à l'acheminement de tout le matériel au bord du siphon, soit 15 bouteilles et une quinzaine de kits.
L'utilisation d'une tyrolienne nous permet d'économiser des forces en évitant un portage faramineux.
Le samedi, deux plongées de préparations et plusieurs allers et retours permettent de poser les blocs relais, les blocs de sécurité et de décompression, ainsi que les batteries et autres accessoires indispensables pour les paliers.
Très rapidement, la visibilité s'amenuise et l'eau devient laiteuse.
La plongée de pointe est effectuée dans la foulée, car demain nous le savons, le niveau d'eau ne nous permettra plus de réaliser cette plongée.
Je parviens assez rapidement à l'étroiture, en bas du puits, celle là même qui l'année dernière m'avait interdit l'accès à la suite du réseau. Cette fois ci, ça passe sans problème. J'ai changé de configuration, les blocs sont en latéral et ça passe presque facilement.
Derrière l'étroiture à - 60 environ, je rampe dans un laminoir assez intime, 40 cm de haut environ, pour enfin sortir dans une galerie plus large.
J'atteint le terminus d'Olivier Rodel, je continue à dérouler mon fil et toujours avec le même plaisir je palme pour la première fois dans cette galerie inconnue.
Le sol est recouvert d'un lit de galets polis par le courant. La roche est magnifique, blanche et adoucie par l'usure de l'eau. La galerie continue à descendre et déjà à court de gaz ( vivement le recycleur...! ), je fixe mon fil et je fais demi tour. Je regarde avec regret l'ouverture noire qui se dessine devant moi. Cette image qui va rester graver dans mon cerveau pendant des lustres, jusqu'à ce que je revienne afin d'aller encore plus loin.
La galerie descend toujours, elle m'attire, mais ce sera pour une autre fois.
Je repars, retour dare dare à la maison. Je suis en retard sur le programme et je sens la zone rouge se pointer à l'horizon des manomètres.
Je me rue dans le laminoir. Je pense à Olivier qui est passé en bi dorsal, là dedans, chapeau bas, j'ai déjà du mal avec les blocs en latéral, alors je n'ose même pas imaginer en dorsal.
Je suis à l'étroiture, comme souvent, je ne parviens pas à sortir. Je décroche le cul de la 4 litres qui me sert à l'équilibrage, elle passe devant et je la suis bien content de ne pas rester enfermer.
La remontée s'effectue sans problème. Et les paliers commencent vers - 36 mètres. A - 25, je branche le chauffage et je sens la douce chaleur se répandre sous la combinaison. Vous ne pouvez pas savoir la jouissance que c'est... C'est indécent ! Un confort physique et moral énorme.
Je remonte tranquillement au rythmes des arrêts tous les 3 mètres.
Le pire reste à venir, car les paliers de - 6 mètres s'effectuent dans une faille des plus inconfortable. Les épaules touchent la roche de part et d'autre. Et je n'est pas la carrure d'un Douillet. Tout au long des paliers, je reçois la visite des copains qui viennent me tenir compagnie et qui me déleste des blocs inutiles. Je change régulièrement de batteries, j'apprécie à sa juste mesure le confort douillet de ma polaire chauffante.
Je ne regrette pas les soirées d'hiver passées à m'user les yeux sur la machine à coudre, sous les sarcasmes de ma douce. La confection de cette polaire chauffante m'a occupée de longues heures, mais maintenant je savoure....
La fin est un peu longue. Néanmoins je commence à ressentir l'effet dévastateur du froid, lors des 10 dernières minutes. On sait que la fin approche, alors on perd un peu patience. De plus, comme souvent, la pression et les changements de positions répétées provoquent dans mes petits intestins fragiles des troubles forts désagréables... "Gerber" dans un détendeur devient une habitude et je maîtrise sans complexe, la gestion des spasmes et des respirations. Après, ça va mieux.... Heureusement, cela ne survient pas à chaque fois....
Bon, allez, c'est fini, je plie les gaules et je rentre à la "maison".
Le comité d'accueil m'attend et je sors du siphon accueillit par les cris de joie des copains.
De plus un petit nid douillet avec point chaud, bougies, boissons chaudes, nourriture a été dressé pendant ma ballade....
C'est la fête après 166 minutes passées dans une eau à 4 degrés...!
Une dernière plongée est réalisée pour sortir un bloc et des batteries.
Nous constatons que l'eau monte. La pluie et la fonte des neiges sur les hauteurs se fait ressentir.
Cela nous conforte dans notre choix de faire la pointe aujourd'hui.
Nous rangeons vite fait le matériel et nous remontons blocs et sacs d'un niveau, soit 4 mètres environ. Incertains quant à la suite des événements, nous décidons de sortir les kits. En cas de crue, ce sera toujours ça de sauvé....
La soirée se termine au restaurant, devant un festin, arrosé parcimonieusement d'un bon verre de rouge pour fêter cette plongée.
Je peux vous dire que 4 spéléos en polaires, un peu crottés, ne passent pas inaperçus dans les petites auberges cossues de nos contrées...
Le dimanche sera consacré à la sortie des bouteilles de la grotte. En effet, nous avons bien fait de les remonter un peu, car l'eau est 3.5 mètres au dessus du niveau d'hier et ça monte toujours.
Ensuite, la tyrolienne fonctionne à plein régime. Les charges s'envolent les unes après les autres, tirées par le voiture. Fini les portages harassants et inutiles.... Vive les poulies, les renvois et les tyroliennes....
Le lundi, nous trions le matériel sous une tempête de neige et enfin nous reprenons la route du retour.
Nous avons déjà prévu de revenir cet été, car ni le souvenir cuisant du froid, ni celui des efforts ne nous incite à renoncer."
L'équipe était composée par :
Hervé Boutin, maître "es cordicus acrobaticus", dit le roi de la tyrolienne et aussi porteur plongeur.
Michel Dessenne, porteur plongeur.
Hervé Cordier, porteur plongeur.
Pierre Eric Deseigne, porteur plongeur pointeur.
Comme d'habitude, nous remercions nos partenaires habituels :
La société BIGATA.
Le magasin le VIEUX CAMPEUR.
Le magasin le DENFERT PHOTO.
La société AIRTESS, pour ses produits sur mesure (éclairage, purge, prise étanche…)
Cette exploration s'inscrit dans le cadre des explorations régionale FFESSM.
A qui comme d'habitude nous allouons une éternelle gratitude pour son soutien, sans lequel rien de ceci ne serait aussi facile...
Texte et images © pedeseigne - 2004
|