Grotte de Corveissiat, crues 2003...!

Sujet: Ain (01)
Date : 29 Février 2004
Voici en quelques lignes le récit de nos tentatives d'exploration de la grotte de Corveissiat...


• MARS 2003.

Un petit tour pour rien. Une fois de plus, nous sommes confrontés aux caprices et à la sensibilité de cette grotte. Le S5 est rempli jusqu’à la gueule et le débit empêche les plongeurs de le franchir. Malgré de faibles précipitations…
Ce siphon numéro 5 est très étroit, c’est une conduite forcée par laquelle passe la majeure partie de l’eau de la résurgence. Il ressemble par ces dimensions à un route vicinale. Pour le reste, les siphons (de 1 à 4 et de 6 à 9) ressemblent plus à des autoroutes. Le siphon 5 est de faible section, 1,5 m de large par 0,6 m de haut par endroits. Les autres siphons sont grands, 5 m de large par 4 de haut. Alors bien évidemment, alors que le courant reste imperceptible dans les autres galeries, le S5 devient une véritable galerie sous pression dans laquelle il est très difficile voir impossible d’avancer.
A la moindre variation de débit, il verrouille l’accès à la seconde partie de la grotte. La galerie « naturelle », d’une section équivalente et aussi importante que les autres est bouchée par une trémie, un effondrement qui contrarie le passage de l’eau et des plongeurs…




• OCTOBRE 2003.

L’été a été sec, comme tout le monde le sait. Les débits sont faibles, les niveaux très bas. Super, nous pouvons passer le S5. Je m’engage dans le S8 équipé de deux 20 litres et d’un relais 12 litres. La visibilité est très médiocre, en dessous du mètre. Le fil est cassé, je raboute et je cherche la suite, l’autre bout du fil qui va m’emmener au départ du S9. Je dévie involontairement de l’axe principal de la galerie, intrigué par le changement de nature du sol, je remonte une pente, un éboulis pour ressortir dans une salle, une nouvelle. Elle a exactement la même figure que les autres. Elle est formée par une salle à demi noyée par un lac siphonnant, elle se termine par une vaste salle d’effondrement. Celle ci est très très grasse, de toutes les salles de la grotte c’est la plus argileuse. Je prends les axes, mais je ne me déséquipe pas, je ne suis pas venu pour ça. Je redescends, pour tenter de retrouver le fil principal et d’atteindre le départ du S9.
Je raboute un nouveau fil et je pars dans le bon axe, cette fois. Quelques mètres plus loin, je trouve en effet l’ancien fil.Je faits un nœud dans une touille totale, je ne vois pas à 5 centimètres. Mais barbotements dans la nouvelle salle n’y sont pas pour rien. Je pense avoir fixé correctement le fil, il n’en est rien. J’ai un fil, celui qui va vers la salle du S9, l’autre celui qui fait la jonction a disparu, mal fixé, il s’est décroché. Erreur !
Je sors dans la galerie du S9 et je réfléchis. Ici je vois clair et je constate que mes deux 20 litres sont à 210 bars. J’ai un 12 litres qui m’attendent quelque part dans le siphons, il est à 140 bars. La profondeur est de 4 mètres, c’est bon, je peux chercher pendant longtemps. Je ne suis pas inquiet, juste dépité devant ma « connerie »…
Je repars, j’amarre le fil et après deux tentatives, je retrouve enfin le fil, celui qui va vers la sortie.
Me voilà soulagé. Fidèle à « fait ce que je dis », je fixe correctement le fil, je récupère mon relais et je me dirige vers la sortie. J’ai les gaz pour aller au fond, je n’en suis pas loin, mais cet incident sérieux est le signe raisonnable du demi-tour. La mort dans l’âme, mais heureux de m’en sortir à si bon compte, je repars.
Au retour, je découvre un shunt entre le S5 et le S6. Cette petite conduite forcée de 20 mètres de long permet d’éviter la sortie de l’eau et le franchissement du passage le plus pénible de la grotte. La galerie entre le S5 et le S6 est un petit enfer à franchir, surtout ne bi 20.
Comme quoi dans mon malheur, j’ai de quoi me réconforter, découverte d’une nouvelle salle et d’une nouvelle galerie.



• DECEMBRE 2003.

A nouveau, cette cochonnerie de S5 est remplie à ras bord. Nous parvenons presque à le franchir, mais la sortie est impossible. La remontée de la faille se passe sans trop de problème, mais la dernière partie de la galerie qui « crache » tout le débit est tout bonnement impossible. Nous avons beau tirer et pousser de toutes nos forces, il est impossible d’avancer. Je n’ai jamais vu ça. Nous nous inclinons devant la force du courrant. La dernière partie du siphon reçoit tout le débit. Ensuite, le trajet de l’eau se divise en deux. Une partie s’en va dans une trémie et l’autre dans la suite du S5, ce qui explique que la première partie soit praticable, mais pas la dernière…
Au retour, nous refaisons la topo du S5 qui n’avait pas été réalisée avec assez de précision par le passé. Une escalade est réalisée dans une cheminée qui se trouve dans la salle à la sortie du S3. La progression se fait en opposition, malgré la beauté des concrétions et les 15 mètres de haut, il n’y aura pas de suite exondée par ici. Nous réalisons quelques relevés topographiques complémentaires dans les salles exondées afin de compléter la topographie de la grotte. Encore une fois, nous sommes extrêmement déçu devant cette déconvenue. Il n’a presque pas plu et pourtant et le S5 est le barrage infranchissable.


© BullesManiacs 2002