TOC DIVER
L'aventure à l'O2 pure.

Sujet : Bricolages
Date : 22 Mars 2005

Il n'est pas si simple pour le plongeur habitué aux techniques traditionnelles de réaliser la mutation vers les nouvelles techniques de pointes. Cela demande une grande faculté d'adaptation, de l'intelligence, de la finesse et de la réflexion, car nous plongeons aussi avec notre tête. C'est pour cette raison d'ailleurs que nous la protégeons d'un casque, non pas pour jouer aux chevaliers spéléopalmeurs, mais pour préserver les quelques neurones encore intacts. Car de plus, comme nous pratiquons de plus la plongée profonde, à base de savants mélanges respiratoires, nos cellules et autres babioles neurologiques sont mises à rude épreuve. Mais là je m'égare quelque peu de notre sujet initial, l'adaptation du plongeur spéléo aux nouvelles technologies.

Dans notre quête permanente d'amélioration, nous sommes lancés dans la fabrication artisanale, va sans dire, d'un truc pour faire les paliers, longs, avec peu d'oxygène et un gaz tiède. (Voir chapitre bricolage). Ce truc donc est sensé s'appeler un recycleur. Je ne vous fais pas un dessin et encore moins un discours et je pars du principe que vous savez tous comment ça marche. Néanmoins, c'est comme si vous faisiez le tour de la France avec quatre litres de super 95.

Le truc a été testé dans mon puits, c'est pratique d'avoir un puits dans son jardin. Comme ça je peux tester mon matériel et vérifier l'étanchéité de mes bricolages. Après ce premier test positif, je l'ai emmené en piscine où là encore je ne me suis pas noyé. Vous remarquez que notre objectif n'est pas le confort respiratoire, la bonne position de l'appareil, la simplicité d'utilisation, mais tout simplement de ressortir en bonne santé. De cela découlera bien évidemment tout le reste. Donc, les séances en piscines m'ont permis de tester la bête dans plusieurs positions, de vérifier son étanchéité et aussi son confort respiratoire.

Et donc venu le temps de l'emmener sous terre et d'effectuer les premiers paliers avec. Car ce petit circuit fermé n'est prévu que pour faire les paliers de 6 m à l'oxygène pur. Nous avons choisi la résurgence de Cul Froid pour le mettre à l'épreuve. Prudent, nous avions quand même disposé deux bouteilles d'oxy en sécurité, au cas ou. J'effectue ma plongée, très agréable car la suite de la galerie a été trouvée après presque deux ans d'échecs successifs. ( Lire l'article "Cul Froid l'aventure continue." ) Après environ trois heures de plongée, je reviens aux paliers et je commence à respirer sur mon machin. Tout se passe bien, le poumon se gonfle et se dégonfle, l'injection manuelle fonctionne, le confort respiratoire est correcte. Mais comme je suis d'un naturel curieux et un peu joueur, je commence à bouger le truc, à le changer de position pour voir comment il réagit selon son emplacement.

Mais soudain sur une inspiration, une bonne lampée d'eau mélangée à la chaux sodée dissoute entre dans ma bouche. J'avais mis le truc à l'horizontal, vidant par la même occasion le piége à eau dans le circuit. La sensation est extrêmement désagréable et d'un réflexe incontrôlable je recrache tout, lampée infecte, embout ouvert, noyant ainsi définitivement le machin. Vous remarquerez que je n'utilise pas le terme recycleur, car à la vue de cette piètre prestation, je n'ose pas encore l'affubler définitivement de ce qualificatif. Je termine mes paliers en circuit ouvert sur ma bonne vieille bouteille d'O2.

Pas découragé pour autant, je modifie l'engin et je compte bien m'en servir pour ma plongée dans la grotte de Sous Balme. C'est pour cette plongée que je me suis lancé dans cet ambitieux projet afin de respirer un gaz plus chaud, ou moins froid, comme on veut et aussi pour transporter moins de bouteilles. Pour ce point ce fût une erreur car nous n'en n'avons jamais transporté autant. ( Lire l'article " Qui a tiré la chasse d'eau ?" ) Néanmoins j'effectue ma plongée, dans une eau à 7° et après un échec relatif, car aucune suite fréquentable n'a été trouvée, je remonte aux paliers. Je parviens à 9 mètres ou j'effectue mes derniers paliers en ouvert avant de passer sur le fermé. Michel me le dépose et dans l'endroit le plus exigu et inconfortable que je connaisse pour réaliser des paliers, je m'empare du truc. Il semble fonctionner, prudent cette fois ci, je ne le secoue pas dans tous les sens. Malheureusement je ne parviens pas à le placer dans une position très avantageuse et le confort respiratoire n'est pas très avantageuse. Par moment, mes joues se gonflent comme celle d'un hamster pas jovial. Le temps passe et les paliers se terminent, ça tombe bien car j'en ai ma claque.

La respiration ne s'améliore pas et un bruit de glouglou pas catholique du tout agrémente mes inspirations. De l'eau est rentrée dans la boucle, je ne sais pas par où, car je n'ai remarqué aucune fuite. Salle bête, elle n'arrête pas de me contrarier ! Bon de toute façon, j'ai terminé mes paliers, je peux sortir. Le truc aura tout de même fonctionné le temps qui faut. Je ressors rapidement, la plongée est finie, reste à remonter tout le matériel.

Je sens que je vais encore passer quelques heures dans mon cabanon au fond du jardin à bricoler la bête et encore d'autres dans mon puits à tester l'engin. Les fuites et le plongeur, une grande histoire d'amour.



© BullesManiacs 2002