Le Tabourot, une petite plongée, bien mouillée.

Sujet: Doubs (25)
Date : 04 Avril 2005
Entre deux grosses explorations, nous avons décidé de tremper nos palmes dans une petit siphon intime pour prolonger une exploration dans l'Ain. Mais devant l'impossibilité d'accéder à ce site face au refus d'un élu, nous avons décidé de nous consoler dans le Doubs. Notre œil avisé s'est fixé sur un arrêt sur rien dans un siphon prometteur, le Tabourot, niché dans le cirque de la Consolation. La dernière visite semblait remonter à 1987 et le plongeur avait capitulé sur défaillance de matériel. Plein d'espoir dans ce bel avenir, nous abordons cette belle plongée le cœur gonflé comme des gamins partis à l'aventure sur des territoires inconnus.

Chargé, comme des mules, nous montons vers notre Eldorado, c'est fou ce que deux 6 litres et un sherpa plein, peuvent peser sur le dos d'un plongeur. Un grand merci à Michel qui me porte un kit, alors qu'il avait prévu une sieste au soleil. Car le siphon est haut perché et l'eau dévale en cascade jusqu'à la vallée.



Le soleil est au rendez-vous de ces premiers jours de printemps et je m'équipe impatient de me confronter avec cette entrée assez intime. J'en profite pour déchirer la collerette de ma combinaison étanche. Il fallait bien que ça arrive un jour, elle est d'origine, quelques années…! Nous n'avons pas envie de redescendre, tant pis, j'irais comme ça. Y paraît que les vrais, les durs à cuir, ils font comme ça ! Alors pour ressembler à mes héros que ne serais je pas prêt à faire…?! Je me glisse les pieds en avant dans la fente aussi large que celle d'une boîte aux lettres. L'eau ne rentre pas, pas trop, ça devrait aller pour la combinaison. Je tente de franchir l'étroiture, mais ce n'est pas terrible. Je ressors la tête de l'eau pour partager mon mécontentement avec Michel qui m'attend dehors. Je repars bien décidé à ne pas me laisser compter fleurette par ce tas de cailloux si peu coopérants. A l'orgueil et à l'honneur, car il n'est pas question de se laisser humilier par un tas de cailloux, je réussi à passer cette étroiture vraiment pas très haute. Je rééquipe les 120 mètres de galeries connues en fil neuf. J'arrives au terminus et tout content je continue à avancer dans l'inconnu. La galerie n'est pas très haute, mais en latéral, ça passe sans aucun problème. A chaque mouvement de tête l'eau rentre dans la combinaison et 9 degrés, c'est pas bien chaud…! L'humidité n'arrête pas de descendre, descendre, descendre et maintenant j'ai les pieds trempés. C'est un coup à attraper la mort.

La fête est de courte durée, la galerie se termine, un mur se dresse devant mon masque, avide de découverte, je baisse la tête et j'aperçois la suite, au sol. L'eau en profite pour envahir le confort presque anéanti de mon étanche qui aujourd'hui, n'en a même plus l'apparence. Je fais une maigre tentative d'intrusion dans l'ouverture qui devrait être la suite. Là encore, ce n'est pas large et je n'ai pas envi de batailler une fois de plus avec la roche pour ressembler à une outre gonflée. Le passage est à – 6 m, je reviendrais avec des 4 litres pour me payer, au sec cette fois, cette suite que j'espère prometteuse. Trempé jusqu'à l'os, je repars déjà vers la sortie. Je profite pour enlever le vieux fil, car à ce qu'il parait (et j'approuve) deux fils dans un siphon, c'est un de trop. Néanmoins, je ne tiens plus, pris de tremblements, j'abandonne le nettoyage des 30 derniers mètres, ce sera pour la prochaine fois.

Sans doute pressé de sortir et de rejoindre la douce chaleur du printemps, je passe l'étroiture en moins de temps qu'il le faut pour prononcer le mot. Comme quoi, bien motivé, nous arrivons à beaucoup plus que nous pouvons le croire. C'est à peine si je prends le temps d'enlever mes palmes pour me précipiter au soleil et pour réchauffer mes mains tétanisées par le froid. Quarante deux minutes de plongées, à même pas 6 mètres de profondeur, ce n'est pas grand chose, mais c'est assez pour aujourd'hui. Je ne me souviens pas avoir eu aussi froid depuis bien longtemps.



Malgré tout, vingt mètres de premières et un petit siphon, intime et assez joli quand même. Michel me donne un coup de main pour me déséquiper et je peux enfin retrouver des vêtements secs et la chaleur tant attendue. Bien, je reviendrais, sans trou dans la combinaison et avec des blocs plus petits pour tenter d'ajouter quelques centimètres à ce siphon perché dans le magnifique cirque de la Consolation.


Michel Dessenne (porteur) et Pierre Eric Deseigne (plongeur mouillé et porteur).

© BullesManiacs 2002